Plus qu’un espace d’exposition traditionnel, la Maison Guimet propose une expérience où architecture, arts décoratifs et rituels du thé se répondent.
Au cœur du 16ᵉ arrondissement de Paris, le musée Guimet s’impose depuis 1889 comme l’un des plus grands musées d’arts asiatiques au monde. Ses collections, provenant de territoires allant de l’Afghanistan au Japon, fascinent les visiteurs par la richesse et la diversité de leurs chefs-d’œuvre.
À quelques minutes du musée, l’ancien hôtel particulier d’Heidelbach entame aujourd’hui une nouvelle vie. À l’occasion de la Nuit européenne des musées, le 23 mai 2026, le lieu devient officiellement la « Maison Guimet », un espace conçu comme un prolongement plus convivial du musée.
Construit au début du XXᵉ siècle comme demeure d’exception pour un riche couple américain, l’édifice a été réaménagé par la designer et architecte française Constance Guisset. Son intervention se veut discrète et respectueuse de l’histoire du lieu : préserver l’âme et l’élégance de cette maison tout en lui insufflant une esthétique contemporaine.
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L’ancien Hôtel d’Heidelbach
TRANSFORMÉ
La transformation de l’ancien Hôtel d’Heidelbach en Maison Guimet s’exprime d’abord à travers l’architecture intérieure imaginée par Constance Guisset, faite de gestes légers et délicats.
Jeu de lumières au service de
LA CONVIVIALITÉ
En faisant entrer la lumière et en clarifiant la circulation, ses interventions révèlent les volumes du lieu, tandis que les pièces choisies (tables, luminaires, assises…) s'inscrivent dans une esthétique contemporaine. Une même volonté traverse les espaces : faire de la Maison Guimet un lieu de convivialité.
La “chambre des affaires” au rez-de-chaussée représente sans doute le mieux cet esprit d’un lieu de réunion modulable et d’une simplicité maîtrisée, où la délicatesse des volumes d’origine, notamment les boîtes en hauteur, dialogue avec un mobilier et des lampes en style contemporain.
Au premier étage, la salle ouverte sur le jardin se prête aux échanges, avec une attention particulière portée à l’acoustique, avant que le parcours ne se prolonge vers l'extérieur. Là, un jardin parisien aux références japonaises (plutôt qu’un véritable “jardin japonais”) mène au pavillon de thé, offert en 2001 et consacré lors d’une cérémonie traditionnelle.
Ce triptyque intérieur, jardin, pavillon compose une expérience spatiale où les références de la tradition japonaise rencontrent l'élégance de l'hôtel particulier parisien.
Une nouvelle manière d’habiter le musée
Habiter ce musée autrement, c’est aussi regarder les œuvres autrement. Ici, le mobilier d’apparat chinois trouve toute sa place, présenté avec clarté mais sans froideur. On est loin du petit mobilier : ce sont les grands ensembles qui dominent et structurent le regard.
Cette nouvelle mise en espace permet également de mieux saisir les symboles portés par les œuvres. L’armoire du premier étage ornée d’un dragon – symbole impérial associé à la puissance et à la vitalité – dialogue avec son décor latéral : un paysage conçu comme une déambulation mentale.
On ne l’observe pas depuis un point fixe, comme dans la tradition occidentale ; le regard y circule, presque au fil d’une promenade méditative. Le grand paravent de palais prolonge cette idée de parcours visuel. Déployé sur douze feuilles, il se dévoile progressivement, au rythme du regard. À travers ces ensembles, la Maison Guimet rend les symboles plus accessibles sans jamais les simplifier.
Promenade méditative...
Temps privilégié autour du thé
L'expérience en point d'orgue
Le thé vient naturellement clore le parcours. Non comme une animation ajoutée au musée, mais comme une autre manière d’habiter le lieu. La cérémonie qui lui est dédiée prolonge l’attention déjà présente dans les espaces d’exposition, à travers les gestes, les objets et le temps partagé, dans une dimension presque intime.
Au rez-de-chaussée, la salle consacrée aux arts du thé rassemble des objets chinois et japonais où se concentrent savoir-faire et rituels patients. Chaque ustensile porte la trace du maître qui l’a façonné autant que celle de celui qui l’utilise. Dans ces traditions, le soin apporté aux outils, aux matières et aux attitudes compte autant que le breuvage lui-même.
Certaines pièces chinoises renvoient au Poème des Trois Puretés et à tout un imaginaire littéraire où le thé accompagne la poésie, la peinture ou la calligraphie bien davantage que les conversations mondaines. Derrière le raffinement des objets apparaît aussi une autre valeur, plus discrète : celle de la simplicité, voire d’une certaine pauvreté volontaire, exprimée à travers des gestes d’humilité et une esthétique du dépouillement.
Cette dimension littéraire trouve d’ailleurs un écho dans la programmation de la Maison. Pour les passionnés de littérature asiatique, le musée propose un cycle de rencontres organisé le dernier vendredi de chaque mois, où lectures, conférences et dégustations de thé prolongent les échanges ouverts dans les galeries.
Crédits
Hotel d'Heidelbach (c) MNAAG Paris, Vincent Leroux
Maison Guimet (c) Nicolas Fussler










