« Nous sommes partis d’une source unique, sans représentation visuelle. »
C’est un chantier exceptionnel qui vient de se terminer, porté par les exceptionnels artisans d’art de l’Atelier Boulnois, en collaboration avec les conservateurs du château de Versailles. Au cœur du projet presque fou, la restauration de la chambre de l’appartement intérieur du Roi et la restitution du lit de Louis XVI. Ce meuble détruit pendant la Révolution française et élément central du quotidien du roi, ne subsistait encore aujourd’hui qu’au travers d’une source précieuse : le mémoire rédigé en 1775 par Pierre-Edme Babel, décrivant avec précision les ornements sculptés et les dimensions exactes du lit.
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ENTRETIENAVECCHARLES BOULNOIS
L'enjeu n'était pas de démontrer un savoir-faire, mais de le mettre au service d'une restitution la plus juste possible.
Le lit du roi Louis XVI et de son Impériale a aujourd’hui retrouvé son éclat. Comment l’excellence de l’ébénisterie et de la sculpture sur bois de l’Atelier Boulnois a-t-elle été mise au service de ce projet unique ?
Charles Boulnois : Sur ce projet, l’enjeu n’était pas de démontrer un savoir-faire, mais de le mettre au service d’une restitution aussi juste que possible. Nous sommes partis d’une source unique, sans représentation visuelle, ce qui impliquait un travail d’interprétation particulièrement précis. Il a fallu utiliser le vocabulaire ornemental de Babel pour retrouver l’esprit du XVIIIe siècle, en nous appuyant à la fois sur les mémoires, des éléments d’analogie et notre connaissance des styles.
Chaque détail doit trouver sa place dans un ensemble juste et maîtrisé. C’est un travail qui ne se fait pas seul, il s’inscrit dans un dialogue avec les autres savoir-faire, afin de garantir la justesse du projet, du dessin jusqu’à la mise en œuvre.
L’Atelier Boulnois a contribué à de nombreux projets patrimoniaux d’exception. Qu’est-ce qui rend cette restitution particulièrement emblématique pour vous et votre équipe ?
Charles Boulnois : Chaque projet patrimonial est singulier, celui-ci l’est particulièrement par son point de départ. Nous ne disposions d’aucune représentation du lit, uniquement une facture d’époque. Cela implique un travail d’interprétation très poussé, où il faut retrouver une justesse de composition, sans jamais surinterpréter.
Ce qui le rend emblématique pour nous, c’est précisément cet équilibre : être fidèle à un esprit sans modèle direct, en nous appuyant sur la connaissance des styles, des techniques et sur un travail collectif étroit. C’est un projet qui engage fortement ma responsabilité.
ÊTRE FIDÈLE À UN ESPRIT SANS MODÈLE DIRECT, EN S'APPUYANT SUR LA CONNAISSANCE DES STYLES, DES TECHNIQUES ET SUR UN TRAVAIL COLLECTIF TRÈS ÉTROIT.
L’Atelier Boulnois intervient de la conception à la réalisation intégrale. Comment cette maîtrise d’œuvre globale a-t-elle été déployée pour redonner vie au lit royal ?
Charles Boulnois : Sur ce projet, la maîtrise d’œuvre s’est structurée dès les premières phases d’étude. À partir d’un document très précis mais sans représentation, il a fallu structurer le projet, organiser ses étapes et coordonner les différents savoir-faire.
Notre rôle a été de garantir la continuité entre le dessin, la mise au point et la réalisation, en veillant à sa cohérence à chaque étape.
Cette approche permet d’anticiper les contraintes, d’ajuster les choix en cours de fabrication, et d’assurer une exécution fidèle à l’intention d’origine. C’est cette maîtrise globale du projet, du début à la fin, qui permet de redonner vie à une pièce aussi complexe.
Restituer un objet d’une telle complexité engage de multiples savoir-faire. Comment avez-vous coordonné artisans et experts pour garantir l’exactitude et la qualité de chaque détail ?
Charles Boulnois : Un projet comme celui-ci repose effectivement sur plusieurs savoir-faire, et l’enjeu est de les faire converger dans une même direction.
La coordination s’est faite très en amont, dès les phases d’étude, pour définir un cadre commun et assurer la continuité entre le dessin, la fabrication et la mise en œuvre. Chaque intervenant apporte son expertise, mais tout est mis au point collectivement, avec des échanges réguliers, pour garantir la justesse. Notre rôle a été de maintenir cette continuité tout au long du projet, afin d’assurer une communication fluide avec la conservation du Château et un niveau d’exigence constant jusqu’à la réalisation finale.
Dans des reconstitutions de cette importance, votre rôle dépasse la fabrication. Expliquez-nous comment vous avez accompagné les commanditaires et assuré la cohérence d’ensemble du projet ?
Charles Boulnois : Effectivement, sur ce type de projet, le rôle dépasse largement la fabrication. Il s’agit d’accompagner les commanditaires dès les premières phases, en apportant une maîtrise technique et une connaissance stylistique, pour traduire au mieux l’intention initiale. Nous intervenons dans un dialogue constant, pour ajuster les choix, anticiper les contraintes et garantir la justesse d’ensemble. Cette continuité, du dessin jusqu’à la mise en œuvre, permet de maintenir une ligne claire tout au long du projet, et d’assurer un résultat à la fois pertinent sur le fond et juste sur le plan esthétique.
Un protocole de création entre
RECHERCHE ET GESTE
Pour mener à bien cette restitution, l’Atelier Boulnois a mis en place un protocole rigoureux, articulant recherche, dessin, modelage et sculpture. À partir des archives, un travail de dessin approfondi permet d’élaborer les premières hypothèses formelles, avant un passage au volume grâce au modelage.
Cette étape, essentielle mais souvent invisible, permet d’affiner proportions, reliefs et rythmes décoratifs. Les propositions sont ensuite discutées et validées avec les conservateurs afin d’assurer la cohérence globale du projet.
La sculpture finale, entièrement réalisée à la main, mobilise une maîtrise fine du matériau et une attention particulière au choix des bois. Le projet fait également intervenir de nombreux savoir-faire (dorure, tapisserie, menuiserie)dans un dialogue constant, garantissant une continuité avec les pratiques du XVIIIe siècle tout en répondant aux exigences contemporaines.
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