A visiter également, l'exposition « Sèvres, une passion Rothschild »
Derrière certaines œuvres conservées dans les collections nationales se cachent parfois des histoires bien plus complexes qu’il n’y paraît.
C’est ce qu’a exploré la journée d’étude « L’Art sous séquestre (1940-1944) : les musées français acteurs d’une forme méconnue de spoliation », organisée au Mobilier national de Paris dans le cadre de l’exposition « Sèvres, une passion Rothschild ». À partir d’un cas récemment mis au jour lors de recherches de provenance menées à Sèvres, historiens, chercheurs et juristes se sont penchés sur une question encore peu abordée : celle du rôle joué par les musées français dans l’acquisition de biens placés sous séquestre sous le régime de Vichy.
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Une histoire de spoliation
QUI SE RECONSTITUE ENFIN
Les échanges sont revenus sur les conséquences de la loi du 23 juillet 1940, qui permettait de retirer la nationalité française à certaines personnes considérées comme hostiles au régime. Leurs biens pouvaient alors être placés sous séquestre puis vendus par l’administration. Parmi les familles concernées figurent les Rothschild, dont plusieurs collections passent sous le contrôle de l’État dès 1940. Dans ce contexte, les musées nationaux obtiennent la possibilité d’acquérir certaines œuvres avant leur mise en vente. Présentée à l’époque comme un moyen de préserver le patrimoine français, cette pratique soulève aujourd’hui des interrogations, puisqu’elle s’inscrit dans un processus de dépossession organisé par l’État français.
Ces questions ont pris une dimension très concrète grâce à une découverte récente réalisée au musée national de Céramique de Sèvres. En préparant l’exposition consacrée aux Rothschild, la conservatrice Viviane Mesqui a constaté plusieurs incohérences dans les archives concernant des porcelaines conservées au musée. Longtemps considérées comme des dons, ces pièces provenaient en réalité de la collection d’Henri de Rothschild et avaient été acquises en 1941 alors que ses biens étaient placés sous séquestre. Pour la première fois, les vingt-deux œuvres concernées sont aujourd’hui présentées avec cette histoire désormais reconstituée.
En retraçant leur parcours, les chercheurs ont également relancé la question de leur éventuelle restitution. Au-delà de ce cas particulier, la journée a montré combien le travail de recherche sur les provenances reste essentiel pour comprendre l’histoire des collections publiques. Les échanges ont permis de confronter différents regards, entre travail historique, analyse juridique et réflexion sur la restitution, afin d’éclairer les conditions dans lesquelles certaines œuvres ont intégré les musées et la manière dont ces situations sont aujourd’hui réexaminées. Une plongée dans l’histoire des collections qui rappelle que les objets exposés portent aussi, parfois, les traces discrètes de parcours marqués par l’exil et la confiscation.
Sèvres, une passion Rothschild
DE PARIS À LA VILLA EPHRUSSI
Organisée en partenariat avec l’Académie des beaux-arts, cette manifestation met en lumière les liens étroits noués par plusieurs générations de la famille Rothschild avec la manufacture de Sèvres. À travers des porcelaines exceptionnelles, des archives inédites et des reconstitutions d’intérieurs, le parcours explore à la fois le goût des Rothschild pour les arts décoratifs, leur rôle de collectionneurs et de mécènes, mais aussi l’histoire plus douloureuse des spoliations dont la famille fut victime au cours du XXe siècle.
Réunissant des prêts du musée du Louvre, du château de Versailles, du Metropolitan Museum ou encore de Waddesdon Manor, l’exposition s’articule autour de neuf sections thématiques. Le visiteur y découvre la constitution et la transmission des collections au sein de la dynastie, les mécanismes du marché de l’art au XIXe siècle, ainsi que la place centrale de Béatrice Ephrussi de Rothschild, dont la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat constitue l’un des fils conducteurs du parcours. Une section est également consacrée aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, évoquant les spoliations subies par les différentes branches de la famille. L’exposition rappelle enfin le rôle philanthropique des Rothschild, dont les dons ont contribué à enrichir durablement les collections publiques françaises.
Crédits photographiques
- Les conservateurs des musées nationaux à la faculté de théologie protestante de Montauban lors de l’examen du séquestre des collections de Robert et Maurice de Rothschild (photographie prise par Alexandre Séarl le 6 octobre 1941) Archives du château de Versailles © Christophe Fouin
- EPHRUSSI Juillet 2005 - EXPOSITION SEVRES UNE PASSION ROTHSCHILD_VER VILLA © C. Recoura


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