Conférence de presse Century 21 du 29 juin 2026
Le marché de l'immobilier ancien confirme son redressement, mais les défis restent nombreux entre évolution des taux, investissement locatif et contexte international. À l'issue de la conférence de presse de Century 21, Charles Marinakis, Président de Century 21, livre aux Ondes de l’Immo, au micro d’Erick Cala, son analyse des tendances du premier semestre et ses perspectives pour les mois à venir.
Il y a un chiffre que je regarde de très près : l'inflation. C'est un indicateur particulièrement sensible, car il dépend de nombreux facteurs. Derrière l'inflation, il y a le coût de la vie, le reste à vivre, le pouvoir d'achat des Français au sens large : l'alimentation, le coût de l'énergie, ou encore des événements ponctuels comme une canicule qui renchérit certaines dépenses. J'y suis très attentif, car le logement représente l'un des premiers postes de dépenses des ménages. Tout ce qui réduit leur pouvoir d'achat diminue mécaniquement la part de leurs revenus qu'ils peuvent consacrer au logement. L'inflation est aussi déterminante parce qu'elle guide les décisions de la Banque centrale européenne. C'est elle qui influence les taux d'intérêt, à la hausse comme à la baisse. Or c'est là que se situe notre véritable enjeu. Le reste, nous savons le gérer : les prix, les marchés, les crises. En revanche, nous n'avons aucune prise sur l'inflation ni sur les taux d'intérêt. C'est donc ce que je surveille comme le lait sur le feu. Cet été, ce sera ma principale lecture.
Marché immobilierCENTURY 21De l'ancien
Mutation sur le marché de l’immobilier ancien : les primo-accédants plus visibles, les secundo-accédants empêchés
Une stabilité apparente qui
NE DIT PAS TOUT
La montée des primo-accédants dans les statistiques ne traduit pas seulement leur retour sur le marché. Elle révèle aussi le ralentissement des secundo-accédants, ces ménages déjà propriétaires que leurs anciennes conditions de crédit retiennent dans leur logement.
À l’échelle nationale, le marché immobilier ancien donne, au 1er semestre 2026, l’image d’une relative stabilité. Selon les données du réseau CENTURY 21 France, le nombre de transactions recule légèrement de -1 % pour les maisons, tandis qu’il progresse de +0,9 % pour les appartements.
Mais cette stabilité apparente ne dit pas tout. Le semestre s’est déroulé en deux temps : un début d’année dans la continuité de la dynamique retrouvée en 2025, puis un ralentissement à partir du déclenchement du conflit en Iran, sous l’effet de l’instabilité internationale, des tensions sur les prix de l’énergie, du retour des inquiétudes inflationnistes et de la perspective de taux plus élevés.
Le véritable enseignement du semestre est ailleurs
Le marché immobilier ancien change de composition. Les primo-accédants deviennent plus visibles, non seulement parce qu’ils reviennent dans le jeu, mais aussi parce que les ménages déjà propriétaires, qui alimentaient historiquement la fluidité du marché, bougent moins. Selon la Banque de France, sur la production de crédits immobiliers hors renégociation observée sur douze mois glissants, dernier point en mars 2026, les primo-accédants représentent 44,6 %, contre 38,7 % pour les secundo-accédants. En 2020, la situation était très différente : les secundo-accédants représentaient encore 53% de cette production, contre 26% pour les primo-accédants. Cette inversion du rapport de force peut apparaître comme une bonne nouvelle. Elle montre que l’accession à la propriété reste une aspiration forte et que les dispositifs de soutien, notamment le prêt à taux zéro, peuvent produire des effets utiles. Elle est d’ailleurs confirmée par les données CENTURY 21 France du 1er semestre 2026 : les primo-accédants représentent désormais 18,2 % des acquéreurs de maisons, en hausse de 9,6 % sur un an, et 21,1 % des acquéreurs d’appartements, en progression de 6 %.
Mais cette progression est aussi un trompe-l’œil. Si les primo-accédants pèsent davantage dans les statistiques, c’est aussi parce que les propriétaires déjà installés se font plus rares sur le marché. Or, ce sont eux qui faisaient tourner une grande partie de la chaîne immobilière. Lorsqu’un ménage vendait pour acheter plus grand, changer de territoire ou adapter son logement à une nouvelle étape de vie, il libérait un bien et permettait à d’autres acquéreurs d’entrer à leur tour dans le marché. Aujourd’hui, cette rotation est beaucoup moins naturelle. De nombreux propriétaires ayant acheté au début des années 2020 ont bénéficié de taux de crédit historiquement bas, en dessous de 1,5% et parfois proches de 1 %. Pour vendre et racheter aujourd’hui, ils doivent renoncer à ces conditions de financement très favorables et se refinancer à des taux nettement plus élevés. À cela s’ajoutent d’autres freins : dans certains territoires, les prix ont stagné ou baissé depuis leur achat ; les premières années de remboursement d’un crédit portent davantage sur les intérêts que sur le capital ; les frais de notaires doivent être absorbés sur plusieurs années ; et contrairement aux primo-accédants, les ménages déjà propriétaires ne bénéficient pas de dispositifs publics d’aide à l’achat.
Le résultat est simple : pour beaucoup d’entre eux, revendre pour racheter peut se traduire par une perte de pouvoir d’achat immobilier. Ils ne sont pas empêchés de bouger juridiquement mais ils y perdraient économiquement. Ils restent donc dans leur logement. Ce ralentissement de la rotation des biens est d’ailleurs confirmé par l’allongement des durées de détention. Alors que la durée moyenne de détention d’un logement était souvent ramenée à environ sept ans, les dernières données montrent depuis plusieurs années un allongement sensible : selon les données des notaires de France, les biens revendus le sont désormais plus souvent après près de dix ans, voire davantage selon les territoires et les typologies. Cette moindre rotation réduit mécaniquement la mobilité résidentielle et contribue au ralentissement du marché.
France : des volumes stables, mais des décisions plus lentes
Les prix évoluent de manière contenue. Le prix au m² s’établit à 2 492 € pour les maisons, en baisse de -0,7 % sur douze mois, et à 4 155 € pour les appartements, en recul de -0,5 %. Le marché ne connaît donc pas de correction brutale des valeurs.
Mais les délais de vente s’allongent. Il faut désormais 105 jours en moyenne pour vendre une maison, soit 6 jours de plus qu’un an auparavant, et 99 jours pour un appartement, soit 3 jours de plus.
Ces chiffres résument la situation : le marché tient, mais il circule moins vite. Les acquéreurs sont présents, mais ils calculent davantage. Ils regardent le prix, le coût du crédit, les charges futures, les travaux éventuels, la performance énergétique du logement et leur reste à vivre.
Depuis 2022, le pouvoir d’achat immobilier reste le point central. À mensualité constante, la capacité d’achat des ménages s’est réduite. C’est pourquoi la stabilisation des prix et des volumes ne suffit pas, à elle seule, à recréer une dynamique forte.
Le DPE devient un indicateur économique
La performance énergétique continue de peser fortement sur les décisions d’achat. Le DPE n’est plus seulement un document réglementaire : il devient un indicateur économique.
Désormais, 80 % des acquéreurs consultent le DPE et le considèrent comme un élément déterminant pour estimer leurs charges. Il leur permet d’anticiper les travaux à engager, les dépenses futures et la valeur de revente potentielle du bien.
Deux logements comparables en surface et en localisation peuvent désormais connaître des trajectoires très différentes selon leur performance énergétique. Ce critère renforce la sélectivité du marché et pèse de plus en plus dans les négociations.
Régions : un marché de plus en plus territorial
Dans les régions, le 1er semestre 2026 confirme une forte disparité d’activité selon les territoires et les typologies de biens. Sur le marché des maisons, le Grand Est progresse de +11,2 %, tandis que la Bretagne recule de -9,4 %. Sur les appartements, les Pays de la Loire progressent de +12,6 %, quand la Bretagne recule de -9,2 %.
Les prix restent globalement contenus, avec des ajustements différenciés. Pour les maisons, la Normandie progresse de +5,6 %, tandis que la Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Auvergne-Rhône-Alpes reculent respectivement de -4,2 % et -4,1 %. Pour les appartements, les hausses les plus nettes concernent la Nouvelle-Aquitaine (+4,4 %) et la Bretagne (+4,3 %), alors que les baisses les plus marquées restent limitées, notamment en Île-de-France hors Paris (-3,9 %) et en Auvergne-Rhône-Alpes (-2,8 %).
Ces écarts confirment que le marché immobilier continue de s’autoréguler. Dans les territoires où les prix restent en ligne avec les capacités de financement des ménages, l’activité résiste. Dans ceux où les prix se sont trop éloignés du pouvoir d’achat réel, le marché ralentit et impose progressivement de nouveaux équilibres.
Conclusion : le marché n’a pas besoin d’emballement, mais de fluidité
Le 1er semestre 2026 confirme que le marché immobilier ancien dispose encore de fondamentaux solides : le besoin de logement reste élevé, les banques financent, les prix sont contenus et les primo-accédants reviennent.
Mais cette stabilité apparente ne doit pas masquer la recomposition en cours. Le retour des primo-accédants est une bonne nouvelle. Le retrait relatif des ménages déjà propriétaires est, lui, un point d’attention majeur. C’est à cet endroit que se joue une partie de la fluidité du marché et ce dans la durée.
Pour le second semestre, l’enjeu ne sera pas de provoquer un emballement. Il sera de restaurer de la confiance, de préserver la solvabilité des ménages et de redonner de la mobilité aux parcours résidentiels.
Dans ce contexte, le projet de loi Relance logement marque une prise de conscience utile du Gouvernement et de la classe politique plus globalement. Les mesures annoncées sur le statut du bailleur privé, l’assouplissement des conditions applicables à l’ancien avec travaux, la sécurisation des propriétaires engagés dans une démarche de rénovation énergétique et la volonté de relancer la construction de logements neufs vont dans le bon sens.
L’enjeu sera désormais de transformer cette intention en mesures rapidement applicables, lisibles et suffisamment incitatives pour éviter que des logements ne sortent du parc au moment même où les besoins n’ont jamais été aussi élevés.
Le marché immobilier ancien n’a pas besoin d’un emballement. Il a besoin de stabilité, de confiance, de solvabilité et de règles lisibles.
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