Entretien avec Franck Le Tendre
À l’heure où la recherche immobilière reste largement dominée par des logiques de catalogues et de filtres, de nouveaux acteurs entendent rebattre les cartes. En s’appuyant sur l’intelligence artificielle, Omny propose de déplacer le point de départ : ne plus partir des biens disponibles, mais des intentions réelles des utilisateurs. Une promesse ambitieuse, qui pourrait transformer en profondeur la manière de chercher… et de vendre. Entretien avec Franck Le Tendre, co-fondateur et président d’Omny.
La différence, ce n’est pas juste l’IA ! C’est toute l’infrastructure derrière et la manière dont elle est utilisée.
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EntretienavecFranck Le Tendre
Franck Le Tendre est entrepreneur et dirigeant international, avec plus de 20 ans d’expérience dans la création et le pilotage de plateformes B2B et B2C en forte croissance. Il a occupé des fonctions de direction générale et exécutive au sein de groupes technologiques de premier plan, notamment Vice President Operations du groupe AVIV Group (fondé par Axel Springer), acteur majeur des marketplaces immobilières en Europe (SeLoger, Meilleurs Agents, Immoweb). Il a auparavant été CEO de Finalcad, qu’il a conduite dans une phase d’hypercroissance internationale, ainsi que Directeur Général France et Europe de l’Ouest de Dropbox. Son parcours inclut également des responsabilités de direction au sein d’éditeurs logiciels B2B de référence tels que SAP, SynerTrade, Pursway et Unica. Avec Omny, il défend une conviction forte : faire évoluer le marché immobilier d’une logique de portails centrés sur le volume vers des plateformes capables de comprendre l’intention des utilisateurs et d’aligner efficacement particuliers et professionnels grâce à l’IA conversationnelle.
À quel moment avez-vous identifié qu’il fallait repenser la recherche immobilière ?
Le déclic est venu en observant les usages : malgré une offre abondante, les utilisateurs passaient des heures à chercher sans vraiment avancer, tandis que les professionnels recevaient beaucoup de contacts peu qualifiés. J’ai alors compris que le problème n’était plus l’accès à l’offre, mais la manière d’aider à trouver et aujourd’hui, l’IA permet justement de passer d’une logique de filtres à des expériences plus conversationnelles et personnalisées, centrées sur l’intention.
En quoi Omny n’est pas un portail immobilier de plus ?
Omny, c’est partir du besoin plutôt que du catalogue. Là où un portail organise des annonces avec des filtres, Omny cherche à comprendre l’intention réelle et à la traduire en opportunités concrètes. C’est un vrai changement de paradigme : on ne navigue plus dans un stock, on fait correspondre un projet à la réalité du marché. Et côté business modèle, il est lui aussi différent car on se rémunère qu’à la mise en relation avec des acheteurs réellement qualifiés.
Leads à forte valeur ajoutée ?
COMMENT GARANTISSEZ-VOUS LEUR QUALITÉ ?
Omny garantit la qualité des leads en intervenant au bon moment dans le parcours.
Contrairement aux modèles traditionnels où le contact arrive très tôt dans la recherche, nous captons des utilisateurs déjà engagés, qui ont exprimé leur projet, interagit avec des biens et affiné leurs préférences. Chaque lead est ensuite qualifié à partir de signaux concrets : niveau d’engagement, cohérence avec les biens proposés, dynamique de recherche, avec une lecture claire pour l’agent. Le professionnel comprend ce qu’il reçoit. Résultat : moins de contacts, mais beaucoup plus exploitables. Les agents passent moins de temps à qualifier, et plus de temps à accompagner. C’est d’ailleurs là que la valeur se crée.
Le paiement entre 5 et 50 € par contact est-il soutenable ?
Omny repose sur une logique simple : reconnecter le prix payé à la valeur réelle du lead. Plutôt que de payer pour de la visibilité sans garantie de résultat, on introduit une tarification granulaire : un lead n’a pas la même valeur selon son niveau de maturité, donc il n’a pas le même prix. C’est ce qui rend le modèle soutenable : le coût s’ajuste au potentiel réel du lead. Et sans engagement lourd, les agents peuvent tester, mesurer et garder le contrôle sur leur acquisition.
Pensez-vous pouvoir rebattre les cartes face aux acteurs installés ?
Je pense qu’il faut éviter les postures trop radicales. Les acteurs installés ont construit des positions solides et continuent de jouer un rôle important. En revanche, le modèle montre aujourd’hui ses limites, à la fois côté utilisateurs et côté professionnels.
Ce qu’on propose, ce n’est pas une rupture frontale, mais une alternative crédible. Si elle apporte plus de valeur : en temps gagné, en pertinence et en performance, alors les usages évolueront naturellement. Comme souvent dans le numérique, les transformations ne se font pas par opposition, mais par adoption progressive.
Qu’est-ce qui a convaincu des réseaux comme Orpi ou Digit RE ?
Ce qui les a convaincus, c’est le côté très concret de la proposition. Ils ne cherchent pas un discours sur l’IA, mais des résultats opérationnels. En testant, ils regardent deux choses : la qualité des leads et la simplicité du modèle, et sur ces deux points, la différence est claire. Il y a aussi un point clé : on s’intègre dans leur chaîne de valeur. On ne les remplace pas, on améliore leur performance et c’est souvent ce qui déclenche l’adoption.
Omny est-il un outil d’acquisition ou une transformation plus large ?
Aujourd’hui, Omny est utilisé comme un outil d’acquisition, avec une valeur très concrète pour les agents. Mais on observe un déplacement du point de départ de la recherche. Pendant longtemps, la question était “où être visible”. Aujourd’hui, l’intention naît de plus en plus dans une interaction avec une IA, souvent encore floue.
Dans ce contexte, la question devient : “comment capter et comprendre cette intention au bon moment”. C’est là qu’Omny se positionne : non pas comme une simple source de trafic, mais comme un point d’entrée qui transforme une intention en opportunité qualifiée. Donc oui, c’est un outil d’acquisition mais plus largement, on accompagne une transformation du marché, où la valeur se crée dans la compréhension de la demande.
Valoriser le métier d'
AGENT IMMOBILIER ?
Oui, mais pas de manière artificielle. Le métier d’agent a déjà une forte valeur qui est d’accompagner une décision complexe, mais elle est souvent diluée par des tâches peu valorisantes, comme trier et qualifier des leads. Omny déplace ce travail en amont : on capte et structure l’intention, et on ne met en relation que lorsqu’il y a une vraie cohérence. L’agent intervient donc au bon moment, là où il apporte réellement de la valeur. Résultat : une relation plus qualitative côté particulier, et plus de temps côté agent pour conseiller, accompagner et conclure. Avec l’IA, ce mouvement va s’accélérer : la valeur ne sera plus dans l’accès à l’offre, mais dans la capacité à aider à décider et c’est précisément là que le métier se renforce.
Dernière question : Quel est le principal frein à l’adoption ?
Ce n’est ni la technologie, ni le prix. C’est un changement de paradigme. Le marché est encore structuré autour de la visibilité des biens, alors que la recherche commence désormais en amont, dans l’expression d’un besoin, souvent via l’IA. Le vrai enjeu n’est donc plus seulement “où diffuser”, mais “comment capter l’intention au bon moment”. Le frein, c’est d’accepter ce basculement : passer d’une logique de visibilité à une logique de pertinence.
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