Étude
Étude NEWMARK et Desk & the City
En 2025, la France a confirmé sa position de pays européen le plus attractif pour les investissements directs étrangers, avec une hausse annuelle de 26 % du nombre de projets et près de 50 000 créations d'emplois associées(1). Principale bénéficiaire de ces créations d’emplois, l’Île-de-France accapare aussi l'essentiel des arrivées d’entreprises étrangères implantant un centre de décision dans l’Hexagone. Dans la dernière édition de son étude « Desk & the City », réalisée en collaboration avec Choose Paris Region, Newmark dresse un bilan inédit de ces nouvelles implantations et analyse leur impact sur le marché des bureaux d’Ile-de-France.
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756 « nouveaux entrants » en cinq ans
Selon Choose Paris Region, les investissements internationaux ont généré près de 10 000 nouveaux emplois par an en moyenne en Île-de-France entre 2021 et 2025, tous types de projets confondus (établissements industriels, sites de R&D, points de vente, centres de décision, etc.). « 30 % de ces emplois concernent des centres de décision, soit des emplois susceptibles d’être rattachés au parc de bureaux et donc d’alimenter la demande s’exprimant sur le marché immobilier tertiaire » précise David Bourla, Directeur des Etudes chez Newmark France.
En nombre de sociétés, 756 entreprises étrangères ont effectué leur première implantation sous forme de centre de décision en Île-de-France sur la période, dont 140 en 2025 (+ 28 % par rapport à 2024). « La géographie de ces implantations est très polarisée : 80 % des nouveaux entrants se concentrent dans Paris, et plus précisément dans le secteur de Paris Centre Ouest dont la part s’élève à 62 % » poursuit David Bourla. Le Croissant Ouest (incluant La Défense) s'affirme quant à lui comme le pôle principal en périphérie, regroupant 10 % du nombre de nouveaux entrants implantés en Ile-de-France depuis 2021. Dans le reste de la 1ère couronne, les arrivées ont été peu nombreuses, même si quelques implantations significatives ont été recensées, à l’exemple de la licorne danoise Flatpay à Saint-Ouen. En 2e Couronne, elles relèvent d’activités différentes des secteurs centraux, comme la distribution, la logistique ou l’industrie.
Par ailleurs, les Etats-Unis (21 % des emplois créés et 19 % des nouvelles sociétés étrangères implantant un centre de décision en Ile-de-France) et l’Europe (47 et 48 %) sont les principaux moteurs de l’attractivité francilienne, loin devant les entreprises asiatiques (12 et 15 %). Si les autres nationalités demeurent assez marginales, certaines sont néanmoins un peu plus présentes. Ainsi, la part du Proche et du Moyen-Orient est passée de 1 % des emplois créés en moyenne de 2017 à 2022 à 4 % depuis 2023, avec un focus marqué sur la tech à l’exemple de l’entreprise israélienne Monday.com.
L'IA, nouveau moteur de l'attractivité parisienne
Deux secteurs d'activité dominent largement. Ainsi, la Tech et le conseil-finance regroupent à eux deux 60 % des nouvelles implantations de centres de décisions d’entreprises étrangères en Île-de-France depuis 2021. Aucun autre secteur d’activité (sciences du vivant, énergie, etc.) ne représente plus de 10 % des emplois créés et des nouvelles entreprises étrangères en Ile-de-France.
Paris bénéficie sans conteste du boom des investissements dans le domaine de l'intelligence artificielle. Alors que le Français Mistral AI a acté en 2025 l’installation de son futur siège au 92-104 rue des Poissonniers (Paris 18e), la période récente a aussi été marquée par les projets d’implantation de leaders internationaux de l’IA. En novembre 2024, OpenAI a par exemple installé à Paris son premier bureau en Europe continentale, précédant l’arrivée d’Anthropic, l’ouverture du hub européen de Cohere, leader canadien de l'IA générative, et plus récemment, celle du bureau de la société américaine Harvey, spécialisée dans l'IA juridique.
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L'analyse de
ARTHUR SAUNIER
"Les implantations de plusieurs leaders internationaux de l’IA confirment que l'écosystème parisien est perçu comme une référence sur le continent européen, celui-ci tirant parti de la concentration de talents, de la profondeur du marché et du rôle structurant d’initiatives publiques telles que les sommets Choose France."
Post-Brexit : la finance internationale, pilier durable du bureau parisien
Le dynamisme de la finance reflète également l’attractivité internationale francilienne. Depuis 2017, plus de 25 000 emplois ont été créés dans ce secteur, dont près de 8 000 en lien avec le Brexit2. Si la dynamique est moins vigoureuse depuis mi-2023, la position de Paris reste solide et la capitale continue d’attirer, à l’exemple de l’arrivée de Maverix Securities en 2025 ou de la prochaine implantation d’Apollo. S’ajoute à cela l’expansion d’acteurs déjà présents à Paris, tels Barclays – qui doit procéder au transfert de son siège européen de Dublin à Paris – ou Morgan Stanley. La banque y a augmenté ses effectifs et développé un hub de R&D quantitative d'une centaine de personnes.
Aujourd’hui, la question n'est pas de savoir si Paris a tiré pari du Brexit – c'est un fait – mais si la capitale française peut conforter son rôle de hub financier européen dans un contexte plus incertain.
L’enjeu est important pour le marché des bureaux et plus particulièrement celui de Paris QCA eu égard au rôle moteur de la finance. Depuis 2017, les utilisateurs de la finance représentent ainsi 20 % de l’ensemble des prises à bail de surfaces supérieures à 1 000 m² du quartier d’affaires.
L'analyse de
DAVID BOURLA
"Fruit du cycle de réformes structurelles engagé par la France en 2017, auquel se sont ajoutés des événements favorables comme le Brexit ou les sommets Choose France, le dynamisme des dernières années n’est pas acquis. En 2024, la dissolution de l’Assemblée nationale avait déjà coïncidé avec une baisse des projets d’investissement. Le risque pour les années à venir est donc autant politique qu’économique : la confiance des investisseurs étrangers repose sur la lisibilité et la stabilité du cadre réglementaire et fiscal."
Impact sur le marché des bureaux : un apport ciblé mais stratégique
Malgré des arrivées significatives, le volume de m² de bureaux consommés par les sociétés étrangères nouvellement implantées en Île-de-France est relativement modeste. Sur les cinq dernières années, on l’estime à environ 110 000 m², concentrés à plus de 60 % dans Paris (2) entre Ouest (3). De fait, les projets d’implantation recensés impliquent généralement un nombre limité de collaborateurs. Seuls une douzaine de projets ont généré plus de 50 emplois au moment de l’ouverture d’un premier bureau. Cela se traduit par une consommation majoritairement orientée vers des surfaces de petite à moyenne taille, souvent au sein d’espaces de coworking ou de bureaux opérés. « Ce type de solution est particulièrement adapté, simplifiant les démarches d’implantation et offrant de la flexibilité à des entreprises disposant souvent d’une visibilité limitée. Le modèle permet aussi d’ajuster les surfaces au rythme de la croissance des effectifs » explique Arthur Saunier.
Or, les trajectoires d'expansion de nouveaux entrants peuvent être rapides, dans le secteur de la Tech en particulier. Ainsi, HubSpot est passé de Deskeo à Morning puis à une implantation pérenne à Paris ; TikTok, arrivé dans de petits bureaux en 2020, occupe aujourd'hui plus de 2 000 m² au 46 rue de l'Échiquier dans le 10e ; Autre mouvement récent : Revolut, qui a annoncé en 2025 l’installation à Paris de son siège pour l’Europe de l’Ouest, a évolué de la Station F à différents espaces de coworking et vient tout récemment de signer la prise à bail de 2 500 m² de bureaux au 116 rue Réaumur dans le 2e, cœur de l’écosystème Tech de la capitale.
Au moment où les locations de bureaux marquent le pas, les mouvements d’entreprises étrangères créant un centre de décision en Ile-de-France ou y étendant leur présence peuvent ainsi contribuer à animer le marché immobilier tertiaire. Nombreux dans la Tech et la finance, les nouveaux entrants ou entrants récents participent en particulier au dynamisme du segment le plus haut de gamme du marché parisien, et soutiennent donc parfois le niveau élevé des valeurs locatives, à l’image de la prise à bail par le Public Investment Fund saoudien de 1 150 m² au 73 rue de Miromesnil ou de celle par Evercore de 1 800 m² au 90 rue de Courcelles (Paris 8e).
Perspectives : maintenir l'attractivité dans un contexte plus concurrentiel
Dans un contexte macroéconomique instable, les échéances électorales de 2027 introduisent une incertitude supplémentaire pour les années à venir. Les orientations du prochain exécutif pourraient influencer la perception des investisseurs internationaux alors que la concurrence entre grandes métropoles européennes, comme Londres, Amsterdam, Dublin ou encore Milan, s’intensifie.
Pour rester compétitive, l’Île-de-France pourra mobiliser d’autres types de leviers, comme l’amélioration des infrastructures – notamment avec le Grand Paris Express – ou la diversification géographique des sources d’investissement. Alors que l’Europe et les États-Unis demeurent les principaux contributeurs, le rôle de l’Asie et des pays du Golfe pourrait en effet s’accroître. La diversification serait aussi sectorielle, portée par l’essor de l’IA, de la greentech ou des sciences du vivant. L’immobilier aura un rôle central à jouer pour accompagner cette évolution, via la mise en disposition de locaux adaptés : flexibilité, excellente accessibilité et rapport qualité-prix cohérent.
Ces tendances peuvent-elles redéfinir la géographie des implantations de centres de décision d’entreprises étrangères, jusqu’ici concentrés dans le centre et l’ouest parisiens ? Si la montée en puissance de l’IA semble devoir renforcer la polarisation au profit de Paris, les contraintes urbanistiques et le niveau des loyers dans la capitale, dans un contexte propice à la maîtrise des coûts immobiliers, pourraient contribuer à un report d’une partie des implantations en banlieue, en priorité dans l’ouest francilien pour les activités à forte valeur ajoutée (La Défense, Neuilly, Boulogne, etc.). La présence en périphérie d’une offre immobilière de qualité, abondante et présentée à des loyers compétitifs, ainsi que la mise en service du Grand Paris Express constituent également des arguments en faveur d’une « décentralisation » du marché tertiaire, notamment pour les activités pouvant bénéficier de la proximité de laboratoires, centres de recherche ou data centers. « Cette diffusion géographique répondrait à une attente forte des investisseurs internationaux, telle qu’identifiée par Choose Paris Region : optimiser les coûts sans renoncer à l’accès aux talents et aux infrastructures » conclut David Bourla.
Références
1 - Source Business France.
2 - Source Choose Paris Region.
3 - Sur la base d’un ratio de 11 m² par poste










