Juridique
La « méthode Notre-Dame ».
Tirée de l’expérience réussie de la reconstruction rapide de la cathédrale, l’expression est aujourd’hui entrée dans le langage courant pour désigner la réalisation de chantiers exceptionnels dans un délai restreint. Plus qu’une expression générique, le président de la République veut l’ériger en méthode.
À l’occasion du conseil des ministres du 22 avril 2026, organisé exceptionnellement à Montluçon, le chef de l’État a détaillé la nouvelle méthode pour accélérer les projets industriels et agricoles jugés stratégiques pour la France. Au total, 150 projets ont été identifiés, désignés par Emmanuel Macron comme les « cathédrales industrielles » de l’indépendance française.
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MÉTHODEAccélérerSimplifierNOTRE-DAME
Pour bâtir ces cathédrales, la méthode Notre-Dame repose sur un double pilier : simplifier et accélérer. Ce n’est donc pas par hasard si, le même jour, était publié au Journal officiel le décret relatif à la simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale et à l'accélération de certains projets. Jugé trop long et trop complexe, le contentieux est également source d’insécurité juridique pour de nombreux projets. Le décret vise donc à réduire les délais et rationaliser les procédures, afin d’accélérer la réalisation des projets.
Un nouveau régime contentieux unifié pour l’ensemble des projets jugés stratégiques
Le champ d’application de ce nouveau régime est très large puisqu’il s’applique à l’ensemble des « projets stratégiques » : énergies renouvelables, infrastructures de transports, réseaux électriques, opérations d’intérêt national et grandes opérations d’urbanisme, projets agricoles et industriels.
Tous les actes administratifs en lien avec ces projets bénéficient de ce nouveau régime à compter du 1er juillet 2026. En pratique donc, l’ensemble des décisions administratives qui conditionnent, même pour partie, la construction, la réalisation, la mise en service, l'exploitation, la modification ou l'extension de ces projets stratégiques, y compris leurs ouvrages et travaux connexes, sont soumis à ces nouvelles règles simplifiées.
Une seule juridiction compétente : les cours administratives d’appel
La première mesure prévue vise à supprimer la règle du double degré de juridiction. En principe, les projets peuvent être contestés d’abord devant le tribunal administratif, puis en appel devant la cour administrative d’appel, avant de saisir, éventuellement, en cassation, le Conseil d’État. Pour accélérer le traitement des contentieux, le décret prévoit que les projets stratégiques ne pourront être contestés que devant la cour administrative d’appel territorialement compétente, qui statue en premier et dernier ressort.
Cette mesure s’inspire de celle qui avait été mise en place pour les Jeux Olympiques. Le décret du 26 décembre 2018 avait en effet confié à la seule cour administrative d’appel de Paris, tout le contentieux des opérations d’urbanisme et d’aménagement ainsi que des infrastructures, équipements et voiries nécessaires aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Fort de cette expérience, le Gouvernement a repris et dupliqué cette mesure en faveur des projets stratégiques, sur l’ensemble du territoire.
Des délais de traitement des litiges accélérés
En plus de leurs nouvelles compétences d’attribution, les cours administratives d’appel devront statuer dans un délai de 10 mois. Ce délai n’a pas été fixé au hasard : il est déjà prévu depuis plusieurs années pour les permis de construire portant sur du logement, ainsi que pour certains projets d’énergies renouvelables, selon leur puissance.
Ce délai de 10 mois répond ainsi au nécessaire équilibre entre, d’un côté, le respect du contradictoire, permettant aux parties d’échanger leurs arguments et, de l’autre côté, une réponse judiciaire rapide, en moins d’un an, pour ne pas retarder les projets.
Une procédure contentieuse rationalisée pour éviter les recours dilatoires
Pour rationaliser les recours et éviter les procédures dilatoires, le décret généralise des dispositifs applicables aux contentieux de l’urbanisme et de l’environnement. En premier lieu, l’introduction d’un recours gracieux n’entraîne plus la prorogation des délais de recours contentieux. En deuxième lieu, un mécanisme de notification des recours est mis en place : les requérants devront notifier leur recours, dans un délai de 15 jours, tant à l’administration qu’au porteur de projet. Enfin, le décret prévoit une cristallisation automatique des moyens : à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la communication du premier mémoire en défense, les requérants ne pourront plus soulever de nouveaux moyens contre le projet attaqué.
En
CONCLUSION
La méthode Notre-Dame entérine un mouvement de fond observé depuis plusieurs années et visant à accélérer et rationaliser le contentieux administratif. Il s’agit de la première étape, et d’autres annonces sont prévues afin de simplifier l’obtention des autorisations administratives nécessaires pour bâtir nos futures cathédrales industrielles.










