Avis d'expert
Quand la crise immobilière ébranle le BTP, le logement social et l’ensemble de la filière habitat
Le logement neuf traverse en 2025 une crise d’une ampleur inédite. Ce qui ressemblait encore récemment à un ralentissement conjoncturel est devenu un blocage structurel. Les mises en vente reculent, les réservations s’effondrent et les mises en chantier restent durablement à l’arrêt. Le marché ne se régule plus, il se contracte.
Mais le plus préoccupant n’est pas seulement l’arrêt du neuf. C’est la chaîne de conséquences qu’il entraîne. Car le logement neuf irrigue le BTP, le logement social, la rénovation de l’ancien, l’industrie de l’équipement et l’emploi local. Aujourd’hui, son ralentissement agit comme un effet domino, dont les impacts s’étendent bien au-delà de l’immobilier.
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Un marché figé, sans point bas visible
Les promoteurs ne lancent plus leurs opérations, non par manque de projets, mais faute de visibilité et de solvabilité de la demande. Les programmes sont gelés, retirés ou annulés avant commercialisation. Les stocks diminuent artificiellement, non parce que le marché absorbe l’offre, mais parce que celle-ci disparaît. Depuis 2021, chaque année aggrave le déséquilibre, sans signal clair de stabilisation.
BTP et logement social en première ligne
L’arrêt du neuf frappe directement le BTP. Moins de programmes, ce sont moins de chantiers pour les entreprises, les artisans, les bureaux d’études et les architectes. Les carnets de commandes se vident, les recrutements sont gelés, les compétences se dispersent.
Dans le même temps, la production de logements sociaux recule fortement, car elle dépend en grande partie des opérations neuves, des ventes en bloc et des équilibres économiques de la promotion privée. Résultat : moins de logements accessibles, des tensions accrues sur le parc existant et une aggravation de la crise sociale du logement.
Industrie, équipement… et rénovation pénalisée
L’effet domino atteint désormais l’industrie de l’équipement du logement. Moins de livraisons neuves, ce sont moins de cuisines, de salles de bains, de mobilier et d’électroménager vendus. La liquidation de Brandt illustre cette fragilisation industrielle liée à la chute des commandes.
Paradoxalement, la crise du neuf freine aussi la rénovation de l’habitat ancien. Les ménages, contraints par le pouvoir d’achat et l’incertitude économique, repoussent leurs projets. Les entreprises du bâtiment spécialisées dans la rénovation subissent à leur tour ce ralentissement, alors même que la transition énergétique nécessiterait une accélération massive.

L’urgence d’un
PLAN MARSHALL DU LOGEMENT NEUF
Face à cette crise systémique, les ajustements à la marge sont insuffisants. Le logement neuf a besoin d’un Plan Marshall immédiat. Cela implique une accélération réelle des permis de construire, une simplification des normes de construction, mais aussi une redirection assumée de l’épargne dormante et de celle des acquéreurs vers le logement neuf avec le recours à des dispositifs fiscaux et financiers incitatifs, puissants, simples à comprendre et offrant une visibilité claire à moyen et long terme.
Relancer le neuf, c’est relancer le logement social, la rénovation, le BTP, l’industrie et l’emploi. Tant que ce moteur restera à l’arrêt, c’est toute la filière habitat — et une part essentielle de l’économie française — qui continuera de s’enfoncer.


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